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Eté 2009 : le point sur la situation économique
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Loic ABADIE |
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Voici un petit bilan d'étape
sur l'économie US, les résultats des plans Bush-Paulson-Obama-Geithner.
On me pardonnera les fonds de certains graphiques, je faisais simplement
quelques tests des fonctions décoratives de mon tableur à partir d'images
trouvées (presque) au hasard sur le web :-)
Commençons d'abord par les domaines où
ces plans ont produit des résultats incontestables, et très largement au delà
des "espérances" de leurs promoteurs :
La croissance de la dette publique
(source)
Le rythme de creusement de la dette nette US (j'entends pas "dette nette" ce que
l'état doit aux autres acteurs économique, donc hors dette intra-gouvernementale)
s'est maintenu au rythme moyen d'environ 1000 milliards de $ par semestre.
La somme due par l'état a donc augmenté d'environ 38% en à peine plus d'un an.
L'évolution du taux de chômage.
Il y a plusieurs chiffrages possibles du taux de chômage US (donnes
BLS) : le chômage au sens
strict (personnes à la recherche d'un emploi, n'exerçant aucune activité), et
une mesure au sens large, incluant notamment les personnes obligées de
travailler à temps partiel pour des raisons économiques).
On
trouvera ici en
comparaison ce que le taux de chômage était censé faire dans un univers
imaginaire keynésien où les "plans de relance" auraient l'efficacité qu'on leur
prête.
Pour le moment, le taux de chômage au sens large est passé de 8% avant le
démarrage de la crise à 16,5% aujourd'hui, c'est à dire
qu'un travailleur américain sur 12 a
perdu son emploi partiellement ou totalement. Ce qui ne sera évidemment
pas sans conséquences sur la "reprise" que l'on nous promet, d'autant que cette
hausse est loin d'être terminée.
Continuons à présent par les mesures
centrales de l'activité économique : ventes au détail, immobilier,
véhicules, activité manufacturière.
ventes au détail :
ventes de véhicules légers
ventes de logements neufs
Index de la
production industrielle des USA
Tout ce que nous pouvons dire à la lecture de cette série de graphiques est qu'il
n'y a aucun rebond sérieux de l'activité, nous observons simplement pour
l'instant un palier dans la récession.
Signalons aussi
cet article synthétique
sur l'actualité économique US à partir du trafic ferroviaire, avec de nombreux
indicateurs.
Les indices de confiance à présent.
Sur ce plan par contre, le rebond est incontestable, les consommateurs semblent
avoir repris espoir, même si leur niveau de confiance reste encore faible. On
trouvera ici l'indice
de confiance du Michigan, d'autres indices
présentent le même aspect.
Le seul problème est que cet "espoir" n'a aucune traduction concrète pour le
moment.
Les deux indicateurs les plus positifs de ce tableau sont les ISM
manufacturiers et
services, qui ont rebondi
de façon importante. Mais ils restent sous la barre des 50 signalant une
contraction de l'activité, ce qui confirme ce que nous venons de voir, à savoir
un simple palier dans la récession.
Que penser de la suite ? Est-ce que ce palier peut se transformer en véritable
reprise ou est-ce que la descente va reprendre son cours après une pause ou un
faible rebond de quelques mois ?
Pour ma part, je maintiens mes prévisions de poursuite de la descente, dans un
contexte qui est pour moi celui d'une vraie dépression économique (prévision
d'une chute du PIB de plus de 10% entre le point haut et le point bas de la
crise), pour plusieurs raisons :
1) Malgré sa politique de cavalerie sans précédent,
l'état US
est incapable de relancer le crédit, et c'était cette seule expansion du crédit
qui avait permis de réaliser la croissance artificielle des années 2000.
La
statistique Z1 de la FED
a montré que la dette totale des USA a baissé (très légèrement) au 1er trimestre
2009, fait sans précédent depuis des décennies de croissance du crédit, et ce
malgré la frénésie d'emprunt du gouvernement que nous avons vu plus haut dans
cet article.
Au niveau des prêts détenus par les banques commerciales (statistique
hebdomadaire H8 de la FED), la tendance est la même : après un sursaut à
l'automne 2008 lié au plan Bush, la tendance à la baisse a repris, malgré toutes
les efforts de l'état en matière de déficit et de gaspillage d'argent public :
Pour relancer le crédit et le faire revenir au rythme des années précédentes, il
faudrait que l'état dépense au moins 4000 milliards de $ chaque année uniquement
au titre de la fuite en avant dans la dette (et sans doute plus, vu que les
autres secteurs n'augmentent plus leur endettement, mais le réduisent), soit
environ 1 plan Obama tous les 2 mois.
Si on arrivait à ce niveau de dépenses, la
cavalerie croissance des
années précédentes pourrait effectivement repartir, peu avant une faillite
totale de l'état US. En cela, le prix Nobel Paul Krugman, keynésien "ultra" et
admirateur de Charles Ponzi et de Bernard Madoff a "raison" de dire qu'il
faudrait creuser encore plus le déficit des USA et voler encore plus d'argent
aux générations futures et aux épargnants raisonnables pour "contrer" la crise
(il oublie juste de parler du désastre qui se produirait après les quelques
trimestres de "reprise" qu'il aurait ainsi obtenus).
2) La marge
de manoeuvre de l'état se réduit chaque mois :
A cause de la crise, les recettes de l'état US fondent en effet rapidement, et
ont baissé de plus de 22% en un an. Dans le même temps, les dépenses de ce même
état ont augmenté de presque 80%.
Une telle gestion peut-elle être prolongée durablement ?
La réponse est évidemment non (sauf si on écoute les extrémistes de la cavalerie
comme P.Krugman).
Deux forces viendront contrer rapidement ce mouvement, et limiter la marge de
manoeuvre de l'état (dont la capacité d'action est déjà insuffisante) :
- Les taux d'intérêt. Le premier
avertissement s'est produit au printemps 2009 quand les taux des prêts
hypothécaires ont
commencé à monter en
suivant les taux des emprunts d'état. Les choses sont plus ou moins rentrées
dans l'ordre pour le moment, mais la pression augmentera à chaque tentative des
dirigeants d'augmenter encore le niveau des dépenses et de l'endettement public.
- L'opinion publique.
C'est pour moi l'élément le plus
important. J'attaque souvent les "keynésiens" ici et leur politique de
fuite en avant. Mais je n'oublie pas que cette politique n'est que l'expression
de la
volonté d'une foule euphorique.
Avec l'arrivée de la crise le sentiment de foule commence à changer, comme le
montre
ce sondage à mon avis
capital pour la suite : 60% des américains
sont à présent opposés à l'adoption d'un nouveau plan de relance, contre 27%
seulement qui y sont favorables. La volonté de rigueur budgétaire se fait de
plus en plus forte, avec 45% des sondés qui souhaitent l'annulation des dépenses
restant à faire dans le cadre du premier plan Obama, la réduction du déficit
étant vu comme bien plus importante (37%) que la réforme du système de santé
(20%).
Ce n'est pas pour moi une saute d'humeur,
il s'agit d'un basculement de
psychologie des foules de la vie à crédit vers la frugalité, qui ne va cesser de
s'amplifier, comme à chaque fin de supercycle économique (hiver de kondratieff).
On peut reprocher beaucoup de choses à Barack Obama et à sa politique
économique, mais il y a un domaine où je le crois très bon : c'est un fin
politique, qui sait sentir les changements d'opinion. Si l'opinion devient
majoritaire en faveur de la rigueur budgétaire, il la suivra, et le siège
éjectable de Bernanke en fera les frais.Ses derniers discours marquent
d'ailleurs une inflexion vers plus de rigueur budgétaire.
Les thèses de Ron Paul (que je soutiens et qui n'a jamais trahi ses idées
libérales, contrairement à beaucoup) gagnent en popularité, et
sa proposition d'audit de la FED
a déjà l'appui de plus de la moitié des parlementaires. C'est un autre signe de
défiance clair vis à vis du système FED, basé sur le crédit.
Plus le temps passera, plus la déflation
apparaîtra comme ce qu'elle est vraiment, c'est à dire le remède, et non le
problème.
3) la hausse
du taux de chômage sapera les capacités des ménages à consommer.
La mesure qui nous intéresse ici est celle du taux de chômage au sens large
(perte d'emploi totale ou temps partiel forcé). Ce nombre, déjà passé de 8% à
16,5% de la population active va continuer d'augmenter, et le franchissement de
la barre des 20% n'est qu'une question de temps. Entre le début de la crise et
aujourd'hui, environ 1 actif sur 12 a perdu totalement ou en partie son emploi,
et a donc subi une perte partielle ou totale de revenus. Cela fait autant de
personnes en moins disponibles pour participer à une éventuelle reprise de
l'économie.
4) Les pressions sur le marché
immobilier vont continuer au moins jusqu'en 2011 ou 2012, et aucune reprise à ce
niveau n'est à attendre.
Le niveau des prix immobiliers aux USA(selon l'historique de Case-Shiller) peut
être consulté
ici, sur le
site de Robert Shiller.
On peut voir que l'index des prix immobiliers (en monnaie constante), a 130
aujourd'hui a déjà corrigé une part importante de la bulle (202 au plus haut).
Mais vu l'importance de la crise, il reste du chemin à parcourir avant d'arriver
à un véritable excès baissier caractéristique des grandes crises (entre 70 et
80)...Cela dit il y a sans doute déjà de très bonnes affaires à réaliser dans
certains endroits pour les résidents US qui connaissent bien leur marché.
L'immobilier US ne repartira pas tant que les stocks ne seront pas revenus à un
niveau normal.
Le problème est que jusqu'en 2011-2012 au moins, le flot de saisies immobilières
restera très élevé.
D'abord à cause des prêts à taux révisables dont les mensualités vont être
"révisées" (c'est à dire fortement augmentés comme le prévoient les
contrats sur ce type de
prêts), voir les
données de calculated risk
sur ce sujet.
Ensuite à cause de la hausse du chômage qui provoque des défauts sur toutes les
catégories de prêts (y compris sur les "prime", c'est à dire les emprunteurs
censés être solides).
Les saisies immobilières ont déjà marqué de nouveaux records sur le premier
semestre 2009 (malgré tous les plans gouvernementaux, qui n'ont servi comme
prévu à rien). Voir
ce graphique de
foreclosurepulse.com et
cet article.
5) Les
ménages épargnent de plus en plus au lieu de consommer
Le retournement de tendance est très clair sur ce
graphique de la FED.
Et comme il ne s'agit que d'un retour à une situation normale, il y a peu de
chances de voir cette tendance s'inverser.
En
conclusion :
Nous allons sans doute observer une pause dans la récession, qui se verra
dans les chiffres du PIB des 2ème et 3ème trimestres. Cette pause ne doit à mon
avis pas faire oublier que la partie la plus intense de la récession reste
devant nous. Nous ne sommes pas dans le cadre d'une reprise en W, en V ou en L,
mais plutôt dans celui d'un escalier descendant.
Le seul scénario alternatif que l'on puisse espérer pour les pays développés est
celui d'un scénario à la Japonaise, où une très forte croissance des pays
émergents adoucirait la récession dans les pays développés.
Mais attention, ce n'est pas le plus probable pour le moment, vu que les
exportations des USA vers la Chine
par exemple sont insignifiantes et ne s'élèvent qu'à 0,5% de son PIB. Reste
quand même la part d'activité des entreprises occidentales implantées chez les
émergents, qui est difficile à évaluer.
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